Malgré la présence de nombreuses expéditions au camp de base, les succès sur le Cho Oyu ont été plutôt rares cet automne 2007 comme sur l'Everest. Le mauvais temps a sévi dans toute la chaîne de l'Himalaya au point par exemple que nul n'est parvenu au sommet du Shishapangma (8013) voisin, à cause de l'abondance des chutes de neige et des risques d'avalanche.
La lecture des news, des sites et des blogs depuis que je suis revenu m'ont confirmé ce que j'avais pu voir sur place : le découragement et la perte de matériel ont souvent conduit des équipes entières à l'abandon, et je mesure mieux la chance que j'ai eue de pouvoir profiter d'une courte accalmie pour tenter et réussir le sommet.

Le mauvais temps qui a sévi n'est pas exceptionnel pour l'Himalaya et il n'est pas rare de trouver 1 mètre de neige au camp de base. Cependant la tempête est arrivée au pire moment (du 24 au 27 septembre) quand tout le monde était acclimaté et prêt à faire une tentative vers le sommet.
Les tentes étaient donc toutes montées aux camps 1, 2 et même 3 et beaucoup n'ont pas résisté. Elles se sont écroulées sous le poids de la neige en brisant les arceaux, se sont envolées avec leur contenu dans la pente au camp 1, et souvent les coutures ont lâché les rendant inutilisables.



Pourquoi les miennes ont-elles tenu et pas celles plantées par les sherpas?
J'ai pu voir à l'oeuvre les sherpas : ils montent des tentes trop grandes qui offrent prise au vent, trop vite et dans des endroits parfois mauvais, au bord du vide à cause du manque de place. Ce travail n'est pas fait par les membres des expéditions car il est pénible, suppose des heures de labeur pelle en main et on paie les sherpas pour cela. Globalement, ceux qui avaient monté eux-mêmes leur tente en l'arrimant solidement et en creusant suffisamment la pente l'ont retrouvée intacte après la tempête.
LA REUSSITE A TOUT PRIX ?
Beaucoup de personnes m'ont demandé si ce sommet était difficile. Ceux qui veulent gravir le Cho Oyu et mettre toutes les chances de leur côté s'inscriront dans une agence qui mettra à leur disposition porteurs tibétains pour acheminer leur matériel personnel au camp 1, sherpas pour monter les tentes jusqu'au camps 2 et 3 et leur faire une bonne trace jusqu'au sommet, et prendront de l'oxygène à partir du camp 2 pour ne pas trop se fatiguer avant le sommet.

Enfin munis d'une bonne poignée Jumar (un ascendeur bloqueur), ils se hisseront le long des cordes fixes toutes les fois que cela sera possible. La seule incertitude restera la météo et il est presque rassurant de voir que la nature a eu le dernier mot dans cette histoire car enfin que vaut une ascension réalisée dans les conditions décrite ci-dessus?
POUR DES ASCENSIONS EN BON STYLE
L' expérience vécue au Cho Oyu cet automne me conforte dans l'idée qu'il faut gravir les 8000m dans toute la mesure du possible dans un style dépouillé sans moyens artificiels.
- Se passer de porteurs tibétains est tout à fait possible, il m'a suffit de faire 2 portages de plus, ce qui favorise l'acclimatation.
- Se passer de sherpas est souvent possible, il suffit de posséder quelques bases en alpinisme acquises dans les écoles de neige et de glace des Alpes pour évoluer en autonomie et acquérir un peu d'expérience dans les courses alpines. Cependant il faut bien admettre aussi que les sherpas font souvent la trace dont on profite et qu'ils posent les cordes fixes dans les endroits raides. J'ai utilisé quelques cordes fixes au-dessus du camp 3 car passer en solo aurait été risqué et contourner les passages raides par la neige aurait été très long tout seul. Je mesure ici les limites d'une ascension solitaire.
- Cependant on devrait éviter de se tirer aux cordes fixes avec une poignée Jumar toutes les fois que c'est possible, car cela redonne un caractère sportif à la montagne et à certains passages en glace.
- Enfin sur un sommet comme le Cho Oyu dont l'altitude reste modeste comparée aux 4 grands (Everest 8848m, K2 8611m, Kanchenjunga 8598m, Lhotse 8513m), l'oxygène est à proscrire pour des tas de raisons déjà exposées sur ce blog (billets du mois de juin). Si gravir des 8000 signifie avant tout l'aventure dans un monde où l'oxygène est rare, il est totalement absurde de gommer cette caractéristique en utilisant de l'oxygène.


LE BONHEUR DE GRIMPER
Le contenu des billets durant la tempête et les propos ci-dessus concernant le style pourraient laisser croire à tort que dans ce genre d'expédition tout est difficile, voire source de souffrance et que les règles que l'on s'impose sont comme une ascèse quotidienne, mais ce n'est qu'une partie de la réalité.
L'autre partie est plus secrète, faite du plaisir que l'on a à contempler la beauté du monde qui nous entoure. Le camp de base est un endroit où les clarines des yaks qui traversent le Nangpa La m'ont réveillé le matin comme si j'avais dormi dans les alpages.
J'entends encore le cri de Dendi le kitchen boy,nous appelant au déjeuner ou au dîner, moments de partage avec les autres dans une bonne camaraderie. Je revois surtout ce sommet devant moi chaque jour, si lointain et si beau le soir au couchant, les innombrables pointes enneigées du Népal, sommets anonymes qui composaient un grandiose tableau dont jamais je ne me suis lassé.
Je suis dans mon élément en montagne, sans la moindre arrière-pensée et j'adore les moments d'exaltations quand l'heure de la grande action a sonné et qu'il faut partir au coeur de la nuit vers le haut, seul. Ce sont des nuits où je ne suis guère visité par le sommeil, des jours qui s'étirent de l'aube au crépuscule.
Je suis revenu au camp 2 après le sommet usé par la descente dans une neige profonde mais profondément heureux d'être allé si haut , d'avoir vu l'Everest pour la première fois, d'avoir vu que la terre était ronde et d'être encore en montagne au mois d'octobre.









IUT Laval
TRIPLEZERO